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Villa Theresa
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Villa ThérèsaLa rue Henry Leroy, anciennement rue du Cimetière et primitivement rue du Nouvel Âtre existe au moins depuis la fin du 13e siècle, moment de la première attestation de ce que l’on appelle aujourd’hui le Vieux-Cimetière. Il est probable que la rue existait déjà au 12e siècle puisque la chapelle à laquelle elle conduit présente quelques caractères romans, notamment une baie couverte d’un arc en plein cintre au pignon.
La maison a également des origines très anciennes. Elle se trouve dans l’un des secteurs canoniaux de la ville. Ces derniers correspondaient aux zones dans lesquelles les chanoines du chapitre Saint-Vincent avaient installé leurs maisons (comme la maison de Carnières et la maison de Guise) mais aussi le béguinage, la brasserie, le cimetière des bourgeois, le moulin, la grange aux dîmes et la halle aux blés.
Le bâtiment possède une remarquable cave couverte de quatre voûtes à croisée d’arêtes. Le système constructif de ces voûtes est habituellement identifié à la période romane. On peut ainsi dater le socle (au moins) de cette maison des environs de l’an 1200. On ignore tout de la demeure ou de l’édifice qui s’élevait à l’origine au-dessus de ce socle.
C’est sur ce socle que l’on a édifié par la suite la partie droite de la maison actuelle. La cave n’étant que peu enterrée, le premier niveau habité se trouve près de 1m40 au-dessus du niveau de la rue. La façade de cette maison présente encore ses baies d’origine qui comportaient au départ des croisées de pierre. Les marques de carrière qu’on peut y voir placent la construction de ce logis au 17e siècle. Au débouché de l’escalier, lorsque l’on vient de la cave, une porte a été bouchée. Associé aux pierres qui encadrent cette porte, un blason atteste du statut élevé de celui qui a fait bâtir cette belle demeure. Là se trouvait probablement l’accès d’origine à cette maison. La charpente se visite et est également du 17e siècle. Un dispositif permettant d’y monter des marchandises y est toujours visible.
L’escalier qui y donne accès est un remarquable exemple de réalisation de la fin du 18e siècle. À son point de départ, un poteau porte un très intéressant petit personnage un peu ventru assis à califourchon sur un tonneau (de vin). Divers objets dont un tire-bouchon ornent le socle de cette figuration. On pourrait même penser qu’un bonnet phrygien (correspondant bien à la période révolutionnaire) couvre la tête de ce personnage. Mais ce n’est peut-être qu’une coïncidence.
À partir de la rue, une porte cochère donne accès à la maison. C’est qu’on pouvait y pénétrer avec des chevaux et une voiture ou, plutôt, une charrette. On traversait ainsi toute la maison pour atteindre un assez vaste jardin où se trouvaient probablement une remise à voiture ou à charrette et une écurie. Au-dessus de cette porte se profilent deux grappes de raisins sculptées dans la pierre, nouveaux indices d’un intérêt particulier du maître de cette maison pour la vigne et le vin. Un décor de feuilles de vigne décore justement l’une des cheminées parmi les pièces principales. Dans le hall d’entrée, on doit spécialement examiner la porte vitrée qui se trouve dans l’axe du passage. Il s’agit d’une porte datant probablement du milieu du 19e siècle. Elle est caractérisée par les divisions en métal portant les vitrages. Elle est surtout remarquable par des verres de couleur dont certains représentent de minuscules scènes d’inspiration chinoise. L’effet est obtenu par la gravure d’un verre superposant une couche de verre de couleur à une couche de verre blanc. La gravure se fait dans l’épaisseur de ce matériau et atteint un haut degré de virtuosité et de finesse. À regarder de très près.La partie gauche de la maison a été construite durant les dernières années du 18e siècle. Elle s’explique par le contexte très particulier de l’époque. C’est pratiquement à ce moment, en effet, que les effets les plus concrets de la Révolution française se font sentir à Soignies. La suppression des communautés religieuses et spécialement du Chapitre royal Saint-Vincent et la confiscation des biens du clergé obligent pas mal de notables de se repositionner. Ainsi de Jean Joseph JOLY né à Mons le 23 février 1726 et qui se marie à Soignies le 13 janvier 1752 avec Anne Françoise Joseph POULIN. Cette dernière est la fille de Martin qualifié de « bourgeois marchand » et qui est surtout connu comme « cavier du chapitre ». Martin Poulin était donc le responsable de la gestion des vins consommés par les chanoines et nombre de leurs familiers fréquentant leur cave. À la suite à la Révolution, la cave du Chapitre, avec ses privilèges, est évidemment supprimée et l’on retrouve François de Paul Joseph, premier enfant issu, le 2 avril 1759, de la seconde union de Jean Joseph Joly comme grossiste en vin acquérant cette grande maison de la rue du Nouvel Âtre et y faisant construire une aile nouvelle dotée d’une belle et vaste cave ainsi que d’une grande pièce probablement utilisée pour la gestion de son commerce. François de Paul Joseph Joly poursuit sur ces nouvelles bases l’activité de son père décédé le 24 décembre 1804 dans sa maison de la rue du Moulin. François de Paul Joly décédera quant à lui dans cette maison de la rue du Cimetière le 9 octobre 1842 laissant à son fils François Placide Joseph un patrimoine de pas moins de 38 hectares. Mais c’est son autre fils Auguste Placide Joseph qui lui succédera dans le commerce de vin. Il avait hérité quant à lui de 32 hectares de terre, autre signe manifeste de la réussite économique et sociale de la famille des héritiers du cavier. Auguste Placide Joseph mourut dans sa maison de la rue du Cimetière le 26 août 1876 sans laisser de postérité. A sa mort, le partage de ses biens révéla un patrimoine de 146 hectares de terre répartis sur 13 communes et pas moins de 13 maisons dont douze à Soignies et une à Neufvilles sans oublier une ferme au hameau de la Croix à Braine-le-Comte. Ses biens passèrent ensuite à ses deux sœurs et à ses neveux et nièces portant le patronyme anobli de du Bois. Ces derniers furent honorés du titre de comtes pontificaux.
Quant à la maison de la rue du Cimetière, convertie en atelier en 1893, elle fut occupée par la veuve du sieur Cuvelier-Delaunois, jardinier à Soignies. Aristide Nalis en fut le propriétaire jusqu’en 1930. Par la suite, la maison appartient à son fils Odon Nalis avant de passer dans les mains de Marie-Madeleine Penninck puis celles de Fernand Norbert Gilmand-Penninck.
La maison fut enfin acquise par le notaire Philippe Laloux en 1973 et sérieusement restaurée à cette occasion. C’est cette restauration qui explique la qualité du lieu sur le plan du patrimoine monumental. Par la suite l’étude passa dans les mains du notaire Xavier Bricout. À l’heure actuelle, c’est à Mme Véronique, fille de Philippe que revient le soin et le mérite d’assurer l’entretien et les restaurations que nécessite cet immeuble de prestige, témoin de plus de huit siècle d’histoire sonégienne
Gérard Bavay, le 5 septembre 2021
L'Histoire de la Villa THERESA par Gérard BAVAY, Historien.


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